Il est impossible d'ignorer le phénomène de cet afflux dans la majorité des grandes villes d'Israël. Ashdod, Netanya et Tel Aviv sont devenues des villes où cet afflux est le plus ressenti tout au long de l'année et plus encore en été où il est encore plus sensible dans les espaces publics. Impossible d'ignorer le nombre de touristes français qui remplissent les hôtels, se rassemblent dans les restaurants, les boites de nuit et les plages.

L'arrivée des immigrants juifs de France en Israël n'est pas un phénomène nouveau. Lors des quatre dernières années, près de mille à deux milles personnes s'établissent en Israël chaque année. Mais cette dernière année marque le début d'une vague d'immigration nouvelle et significative qui va influer sur la société israélienne et sur la communauté juive de France.

Chaque année, une partie des Juifs de France viennent en Israël en tant que touristes et y séjournent pour une période prolongée en été, d'autres s'y attachent et reviennent plusieurs fois et nombreux sont ceux qui s'y installent et effectuent le processus d'immigration. En vertu de la loi israélienne, ils concrétisent leur "droit au retour". Cette loi permet d'octroyer une carte de citoyen à chaque Juif souhaitant vivre en Israël et devenir un citoyen israélien.

CRISE ÉCONOMIQUE ET CRAINTE DE L'INTENSIFICATION DE L'ANTISÉMITISME EN FRANCE

La violence au nom de l'Islam secoue le Judaisme en France, PhotoFlash90

La violence au nom de l'Islam secoue le Judaisme en France, PhotoFlash90

Les données de 2013 laissent déjà prévoir le début de la grande vague d'immigration qui affluera encore dans les villes israéliennes. L'an passé, 3120 Juifs de France ont émigré en Israël. Il s'agit d'une immigration plus jeune, plus cultivée, plus établie, plus liée à Israël et aux Israéliens, et présentant moins de difficultés d'intégration que les immigrations des années 90 et 2000 venues de l'ex-Union Soviétique et d'Éthiopie. La crise économique endémique en France et l'augmentation du sentiment d'inconfort des Juifs français peuvent annoncer le commencement d'une vague d'immigration encore plus importante l'an prochain.

Ce n'est déjà plus un secret : la situation des membres de la communauté juive de France est plus que compromise. Des manifestations se déroulent régulièrement, et au cours de l'année passée, appelaient même à l'expulsion des Juifs d'Europe. De nombreux Juifs français redoutent de marcher dans les rues lorsqu'ils sont repérés sur le plan religieux, les événements antisémites suscitent la peur et l'angoisse aggravées par la situation économique. Parallèlement, le gouvernement israélien se préoccupe sérieusement des Juifs de France et il existe une volonté réelle d'aider cette communauté à venir s'établir en Israël.

Néanmoins, il est essentiel de souligner que la vague d'immigration des Français en Israël n'a pas commencé en raison d'une menace existentielle. Elle n'a pas pris de l'ampleur grâce à une opportunité unique qui s'est offerte aux Juifs dans leur pays d'origine. Fondamentalement, elle n'a pas connu les ravages de la crise économique. Il s'agit d'une vague importante, lente et continue.

L'Agence Juive indique qu'elle a débuté en l'an 2000, et elle n'a fait que croître pour devenir un flux constant. Et les raisons en sont variées.

Nombreux sont ceux qui expliquent que ce n'est pas uniquement la situation économique en Europe ou l'intensification de l'antisémitisme et des agressions contre les Juifs dans les rues de Paris ou de Marseille qui ont influencé leur décision d'émigrer en Israël. Une grande majorité considère le passage de la France vers Israël comme un processus naturel, une démarche que leurs parents n'ont pas effectuée dans les années 60 lors de leur passage des pays arabes d'Afrique du Nord directement en Israël. Leurs parents avaient choisi la France et la jeune génération veut s'installer en Israël, sa dernière destination.

Investissement dans l'immobilier

Nombreux sont ceux qui decident d'investir leur argent dans la recherche d'une maison en Israel, Photo Miriam Alstert/ Flash90

Nombreux sont ceux qui decident d'investir leur argent dans la recherche d'une maison en Israel, Photo Miriam Alstert/ Flash90

Il existe encore une raison pour laquelle nombreux sont ceux qui décident d'investir leur argent et leurs efforts dans la recherche d'une maison en Israël : investir dans l'immobilier.

Israël connaît depuis une décennie une grave crise du logement. Les investissements gouvernementaux dans ce secteur n'encouragent pas le taux de croissance naturel, la cherté de la vie oppresse les familles israéliennes et les empêche de réaliser leur rêve d'acquérir des appartements, sans oublier la superficie restreinte d'Israël. Tous ces éléments ont contribué à l'augmentation constante du prix des appartements et des projets immobiliers en Israël.

Les Juifs de France ont compris le potentiel de l'investissement et ont commencé d'injecter des sommes importantes en faveur du développement de projets immobiliers et de l'acquisition de maisons résidentielles. Chaque année, le gouvernement israélien organise des congrès immobiliers et d'investissements à Paris et dans les grandes villes de France où des communautés juives sont présentes, et en cela, il encourage les Juifs français à venir investir en Israël.

Certains considèrent les mesures du gouvernement comme une solution partielle à la crise du logement et un encouragement aux promoteurs immobiliers, et d'autres, nombreux, pensent que l'investissement des Juifs de France brise le rêve d'acquérir un appartement car les prix ne cessent de monter. La force économique des Juifs de France dépasse celle des Israéliens, et ce processus révolte nombre de jeunes couples pour lesquels les prix des appartements ne sont pas à leur portée.

Qui sont les Français intéressés davantage par l'émigration en Israël ?

L'arrivee des immigrants juifs de France en Israel n'est pas un phenome nouveau ,Photo Miriam Alster/Flash90

L'arrivee des immigrants juifs de France en Israel n'est pas un phenome nouveau ,Photo Miriam Alster/Flash90

Des études sur les Juifs de France révèlent que la plupart d'entre eux mènent à bien les processus de l'émigration pour des raisons plus profondes. La majorité des Juifs français à l'heure actuelle (un demi-million de Juifs français vivent actuellement en France) sont les descendants des Juifs d'Afrique du Nord qui se sont expatriés en France à la fin de la présence française au Maroc, en Tunisie et en Algérie. Une grande partie d'entre eux sont les fils des familles qui se sont scindées entre la France et Israël dans les années 50 et 60. L'idée d'émigrer en Israël est ancrée en eux depuis de nombreuses années, ils se disent que finalement ils viendront, peut-être à la retraite. Et effectivement, une partie vient après avoir atteint l'âge de la retraite.

Les chercheurs identifient deux populations qui s'intéressent à l'émigration en Israël : les retraités et les jeunes. Les retraités sont ceux qui ont rêvé de "l'Alya" durant des années, ils connaissent bien Israël à la suite de visites répétées et ont, dans la plupart des cas, des amis et de la famille en Israël. La prise en compte des moyens de subsistance dans ce cas est marginale, puisqu'ils peuvent percevoir leur retraite aussi en Israël. Parmi les 3200 français ayant émigré cette année, 536 ont plus de 66 ans.

Les jeunes représentent une population plus intéressante. Ils viennent après avoir obtenu leur diplôme de licence, souvent avec de jeunes enfants alors que précisément les considérations quant aux moyens de subsistance les poussent de France vers Israël, et ils perçoivent Israël comme un pays jeune et dynamique. Près de deux tiers des immigrants de l'an passé sont des jeunes jusqu'à 44 ans. Les doutes quant à l'avenir, tant sur le plan économique que sur celui de leur perception sécuritaire les incitent à envisager l'émigration.

Caractéristiques de la communauté juive en France - Celle qui décide d'émigrer en Israël

Les chercheurs identifient deux populations qui s'intéressent à l'émigration en Israël : les retraités et les jeunes juifs, Photo Gideon Markowicz/ Flash90

Les chercheurs identifient deux populations qui s'intéressent à l'émigration en Israël : les retraités et les jeunes juifs, Photo Gideon Markowicz/ Flash90

Le Judaïsme français est la plus importante communauté d'Israël en Diaspora. Le nombre de Juifs en France est estimé à près d'un demi-million. Une étude réalisée par le ministère de l'Immigration en Israël indique que la communauté comporte trois courants : le premier se compose de personnes faisant preuve d'un fort attachement à Israël et au Judaïsme dont 30% des enfants étudient dans des écoles juives ; le second se caractérise par ceux qui ont un lien culturel juif et le troisième est constitué de gens qui ne se singularisent pas particulièrement par un fort attachement à l'égard d'Israël mais sont en droit de recevoir la citoyenneté en vertu de "la loi du retour".

Nombreux au sein de la communauté sont ceux qui ont un fort attachement à la religion juive et à Israël, et à ce titre cette communauté est perçue comme la plus traditionnaliste et sioniste en Diaspora. Aujourd'hui, la communauté est en majorité séfarade, essentiellement d'origine d'Afrique du Nord et un pourcentage important de ce groupe est originaire d'Algérie, et dans une moindre mesure de Tunisie et du Maroc.

Les Juifs sont bien enracinés dans la société et l'économie, et malgré tout le phénomène d'un nouvel antisémitisme est flagrant en France et dépasse de loin celui des autres pays occidentaux. À bien des égards, les Juifs de France sont entre le marteau et l'enclume : d'une part, ils sont haïs par l'extrême droite française, les considérant comme une partie des communautés d'''étrangers" auxquelles il faut limiter la liberté d'action, et d'autre part, les autres "communautés d'étrangers", composées essentiellement de musulmans originaires d'Afrique du Nord, les agressent sur fond du conflit israélo-arabe. Ces caractéristiques cristallisent chez ceux qui décident d'émigrer en Israël des conceptions de droite et bon nombre trouvent leur foyer politique en Israël dans les partis de droite israéliens tels que : le "Likoud", "Israël Beiténou" et "Habayit Hayehoudi".

 L'article a été publié en arabe